Laïcité : une Présidentielle à hauts risques

 

Avertissement : j'ai découvert sur un blog maçonnique un très intéressant article intitulé :

Laïcité : une Présidentielle à hauts risques. (1)

Celui-ci est très intéressant car il fournit le regard d'un « professionnel » de la politique, Gérard DELFAU, ci-contre  (2) sur la manière dont les (principaux) candidats à l'élection présidentielle abordent un sujet qui nous intéresse au plus haut point : la Laïcité.

Et comme ce blog invite à relayer le message, nous ne nous en priverons pas … !

Alain Mourot,

Président

de République-Avenir

 

Les principaux candidats à l’élection présidentielle ont une position inquiétante sur la question fondamentale de la Laïcité (*). Un sujet pourtant au cœur de l’actualité, qu’il s’agisse des attentats tragiques perpétrés par des fanatiques musulmans, ou du regain d’agitation des anti IVG, explicitement soutenus par l’épiscopat et le Vatican.

À l’extrême droite, Marine Le Pen instrumentalise le concept de laïcité pour en faire un outil de discrimination et de racisme à l’encontre de nos concitoyens de confession ou de culture musulmane. Or, par ses attaches et toute son histoire, elle a partie liée avec l’intégrisme catholique qui rêve d’un retour en force dans notre vie publique, comme au temps de l’Ordre moral. Elle avance masquée, mais son programme déclencherait des ratonnades et amorcerait l’entrée dans un processus de fascisation de nos institutions. Elle remettrait en cause la paix civile.

François Fillon, lui, incarne le cléricalisme catholique dans sa version classique ; et, en cas d’accession au pouvoir, il y aurait fort à craindre pour les récentes avancées concernant l’IVG, ainsi que pour le maintien de la loi Taubira, autorisant le mariage des couples de même sexe, ou encore pour le maintien de la loi Claeys-Leonetti sur la Fin de vie.

Ces deux candidats, chacun à leur façon, sont donc des adversaires déterminés de la Laïcité – séparation. Leur élection ouvrirait l’ère de tous les dangers. S’ensuivrait une période de régression, en rupture avec le mouvement sécularisation de la société.

À gauche, Benoît Hamon, représente la tendance « accommodante » et laxiste du Parti socialiste à l’égard des dérives de l’islam. Il est fondamentalement communautariste, contrairement à Manuel Valls, qu’il a devancé lors de la primaire. Pour s’en convaincre, il suffit de le voir se dérober aux questions précises, et répéter en boucle : « Toute de la loi de 1905, rien que la loi de 1905 ». Un propos qu’il faut savoir décrypter : Oui à la Séparation à peu près appliquée à l’Église catholique, nous dit-il, sans se prononcer toutefois sur l’abrogation du Concordat et des régimes dérogatoires des cultes en Outre-Mer. En revanche il laisse percer une indulgence coupable vis-à-vis des dérives de l’islam, tout particulièrement sur la pression que subissent des Françaises d’origine maghrébine ou africaine dans certains quartiers. Plus concrètement, il faut craindre que son silence ne cache une mise en cause implicite de la loi de 2004, sur l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école ˗ et donc du voile islamique ; et, sans doute, serait-il enclin à manifester une grande complaisance à l’égard des femmes qui arborent le voile intégral dans l’espace public, contrairement à la loi de 2010. Sinon, pourquoi refuse-t-il de s’expliquer ? Enfin, sur la question de la Fin de vie, est-ce qu’il accepte que le droit de mourir dans la dignité soit accordé à toute personne en extrême souffrance et qui en a manifesté la volonté, quand la science médicale ne peut plus rien ? Concrètement, soutiendrait-il une évolution de la loi Leonetti vers une forme d’euthanasie médicalisée, comme en Suisse, en Belgique, aux Pays-Bas, et dans certains États des USA ? Ce serait dans la tradition de la gauche socialiste, et c’est l’étape que souhaitent nos compatriotes.

Quant à Emmanuel Macron, son silence obstiné sur le sujet central qu’est la Laïcité nourrit les pires craintes. Par son passé et son style « christique », par son « pèlerinage » au Puy-du Fou, en présence de Philippe de Villiers et par sa déclaration inacceptable sur la prétendue « humiliation » des adversaires du Mariage pour tous, il paraît étrangement loin de la Laïcité-séparation. Au mieux, il pourrait être le porte-parole d’une tradition anglo-saxonne, dont je rappelle les caractéristiques : une Puissance publique perméable à l’influence des Églises et confessions, y compris en termes de libertés publiques ; une grande timidité en matière de nouveaux droits pour les femmes et les minorités sexuelles, quand une autorité religieuse s’y oppose. Bref, le risque, là encore, de régression et de renoncement à cette laïcité, qui fait la singularité française au regard du monde.

L’entrée en lice à ses côtés de François Bayrou va-t-elle l’amener à clarifier sa position ? A prendre en charge les attentes d’une large majorité de Français ? Il y aurait pour lui une double façon de le faire : se prononcer pour une sortie progressive et concertée de tous les régimes dérogatoires des cultes, ainsi que le demandent les militants laïques d’Alsace et de Moselle, ou de Guyane et autres territoires français. Mais il faudrait surtout qu’il affirme son attachement à la liberté absolue de conscience, incluse dans l’Article 1er de la loi de Séparation. Et j’ai bien dit : liberté absolue de conscience. En effet, le moment est venu d’établir solennellement, à l’occasion d’une échéance politique majeure, l’égalité des droits entre les athées, les agnostiques et les indifférents (le total de ces trois catégories représente désormais plus de 60% des Français) et les croyants de toutes confessions, eux dont la « liberté de culte » doit être scrupuleusement respectée, sous l’unique réserve de l’ordre public défini par la loi républicaine. Ce pas en avant, dans l’esprit de 1905, serait un facteur de rassemblement, car il affaiblirait la tentative d’intrusion des religions dans la sphère publique.

Tel est l’état des lieux, à moins de deux mois du premier tour de l’élection présidentielle. Il est préoccupant. Il est temps de se ressaisir et de faire pression sur les candidats républicains, pour qu’ils prennent leurs responsabilités devant la nation. Les morts de Charlie hebdo, du Bataclan, et de Nice, pour ne citer que les actes les plus sanglants, nous en font obligation. Riss, au nom de Charlie hebdo justement, a interpellé les candidats, sans obtenir jusqu’ici de réponse. Je propose que le Collectif laïque, qui regroupe les principales obédiences et les associations les plus représentatives, pose publiquement ces questions. Et je demande qu’il se donne les moyens d’obtenir une réponse précise des candidats républicains ˗ j’en excepte donc le Front national. Fort de sa légitimité et des réponses obtenues, il pourra alors éclairer les électeurs. Je suggère simultanément que toutes les associations de terrains, toutes les publications et tous les sites engagés en faveur de la Laïcité, multiplient les initiatives pour créer un mouvement d’opinion. C’est urgent. Demain il serait trop tard. Et nous serions responsables devant l’histoire de cet abandon de poste. L’heure est au sursaut et à la mobilisation.


 

Gérard Delfau,

le 26-02-2017


 

(*) J'ai fait le choix de traiter seulement de ceux qui sont en situation de remporter la Présidentielle. Ce qui m’a conduit à écarter, à regret, Nathalie Artaud, Lutte ouvrière, dont le programme en la matière est irréprochable, contrairement à d’autres candidats d’extrême gauche. Quant à Jean-Luc Mélenchon, ses positions sont généralement justes et courageuses, notamment quand il réclame l’abolition du Concordat. Pourquoi s’est-il senti obligé de donner une interview au magazine Famille chrétienne, organe catholique du genre conservateur, en l’agrémentant du trop facile : « Je suis de culture catholique. Je connais la maison » ? Aurait-il renoncé pour la circonstance à 1789 et la tradition des Lumières, qu’il invoque si souvent à juste titre ? De plus, certaines de ses réponses, à propos de l’avortement ou du mariage homosexuel, ont fait polémique.

 

 

Notes

 

  1. http://www.hiram.be/blog/2017/02/28/laicite-presidentielle-a-hauts-risques/#jHme2LowR4bDt1vQ.99

     

  2. Gérard Delfau, né à St Jean de Fos (Héraut), le 21 octobre 1937 ;

    agrégé de lettres classiques et maître de conférences à Paris VII ;

    Mandats :
    ◾1971-2008 : maire de Saint-André-de-Sangonis (Héraut) ;
    ◾1980-2008 : sénateur de l'Hérault, membre du groupe R.D.S.E. (Rassemblement Démocratique et Social Européen) •1980-1998 : vice-président du Sénat, il consacre son mandat parlementaire à œuvrer dans les domaines de l'aménagement du territoire et des services publics ;
    ◾2004 : vice-président du Parti radical de gauche

     

    Ouvrages :
    ◾Le retour du citoyen - démocratie et territoires en 1994 ;
    ◾Droit au travail - Manifeste pour une nouvelle politique en 1997 ;
    ◾La Poste un service public en danger - constat et propositions en 1999 ;
    ◾La Gauche : Horizon 2007 en 2003 ;
    ◾La laïcité : ciment de notre République, valeur universelle, actes du colloque du 18 décembre 2003 au Sénat à Paris en 2004 ;
    ◾Du principe de laïcité : Un combat pour la République en 2005 ;
    ◾Éloge de la laïcité en mars 2012 ;

    (Réf : Wikipédia)

 

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